D’un côté, des entreprises ayant des difficultés à recruter du personnel formé. De l’autre des jeunes peu ou pas qualifiés, des RMistes, des chômeurs de longue durée… Les entreprises se regroupent et font le pari de miser sur l’embauche de ces personnes en difficulté d’accès à l’emploi. C’est ainsi qu’est né, en mars 2006, le GEIQ Agriqualif 87. La structure emploie les salariés en contrat de professionnalisation ou en contrat d’apprentissage, conclus pour une période maximum de deux ans. Elle les met à la disposition des entreprises adhérentes – déchargées des formalités administratives, de la gestion des contrats de travail, de la paye, des plans de formation – en organisant une alternance entre apprentissages théoriques et situations de travail concrètes.
De longues périodes de galère
« Tous sont salariés à temps plein, précise Andréa Perrier, responsable du GEIQ. Le contrat de professionnalisation peut être diplômant ou assurer une qualification. Il n’est pas aussi cadré que le contrat d’apprentissage, adapté à des jeunes ayant besoin de plus de rigueur, d’un contexte plus rassurant. » Le GEIQ bâtit donc le parcours d’insertion au cas par cas, à partir des besoins de chacun, et organise l’accompagnement du salarié, recruté d’abord en fonction de sa motivation – « critère numéro un, primordial, quelque soit le niveau de la personne ».
Objectif : concilier les intérêts des employeurs et des salariés pour assurer un emploi durable à du personnel qualifié. Pour les uns donc, c’est la possibilité d’avoir à terme du personnel formé, fidélisé, dans un secteur d’activité – ou sur un territoire – où la main-d’œuvre qualifiée fait souvent défaut ; pour les autres, c’est la voie vers une insertion professionnelle, parfois après de longues périodes de galère. Car, on le sait, les personnes en difficulté d’accès à l’emploi cumulent souvent les problèmes : méconnaissance du monde de l’entreprise et de ses contraintes ou déboires professionnels antérieurs, difficultés financières, problèmes de logement, de mobilité, manque de confiance en soi, sentiment d’échec…
Il n’est donc pas si simple de pouvoir raccrocher les wagons. De plus, certaines demandes sont difficiles à satisfaire. « Parfois c’est le salarié qui va manquer, parfois c’est l’exploitant, note Andréa Perrier. Il n’est pas aisé de répondre à des employeurs qui demandent d’emblée quelques compétences ou font preuve d’exigences particulières. » Il faut en effet parvenir à croiser leurs attentes avec les possibilités des salariés, leur motivation, leur localisation géographique, les offres de formation... « En lait, indique Michel Jouhette, président d’Agriqualif 87, il est difficile de trouver des salariés alors que le besoin existe. Jusqu’alors, il n’y avait pas de possibilité de formation ; pour 2007-2008, une maison familiale rurale s’est engagée à en lancer une. »
En recherche de nouvelles entreprises
Pour avancer, les contacts avec de nouveaux partenaires se nouent, la recherche d’autres entreprises se poursuit : « Nous travaillons actuellement avec quatre secteurs – élevage, horticulture, arboriculture et espaces verts –, indique Andréa Perrier, mais ne sommes pas fermés à d’autres ; nous avions pensé à nous ouvrir à la filière équine mais il y a peu de débouchés – alors que beaucoup de jeunes se révèlent intéressés. »
Où en est le GEIQ aujourd’hui ? Il travaille sur tout le département et totalise 28 adhérents (25 exploitants, 3 coopératives). 19 salariés ont été recrutés depuis la création, dont 3 de plus de 25 ans : 13 sont encore en poste actuellement, 5 ruptures ont été enregistrées – démission ou licenciement – et 1 salarié a déjà été embauché par l’employeur au terme de son contrat avec le groupement. D’autres contrats se terminent dans les semaines à venir, susceptibles de se concrétiser par un emploi durable chez les adhérents. Sur les 19 salariés passés par le GEIQ, 6 pour l’instant se sont présentés à des examens (diplôme pour certains, qualification pour d’autres – par exemple CAP production animale, certificat de spécialisation ovins, qualification ouvrier agricole, qualification élevage caprin…) – et les ont réussis.
Un accompagnement au cas par cas
Un succès à mettre à l’actif de l’engagement tant des salariés que des entreprises et de l’accompagnement assuré par Andréa Perrier ; outre les tâches administratives, les relations avec les partenaires, le démarchage de nouveaux exploitants, son quotidien est aussi constitué de rencontres avec chacun : « Je passe tous les deux mois en entreprise et ai des échanges réguliers avec exploitants et salariés. Avec le salarié, on fixe des objectifs à atteindre pour l’entretien suivant, et on fait le point la fois d’après. » En terme d’accompagnement social, la palette des sollicitations est large : « Par exemple, avec l’un, on se voit tous les mois pour établir son budget et assainir progressivement une situation financière très dégradée. Avec un autre, c’est plutôt de l’écoute, avec un autre encore, un appui pour trouver un logement… » Des coups de pouce d’ailleurs appréciés : « C’est gratifiant d’avoir les remerciements des salariés qui se tiennent aux engagement pris et reconnaissent la valeur du système ».
Gildas Bellet
En savoir plus
Andréa Perrier - Agriqualif 87
Tél. : 05.55.49.85.72
Finaliste du concours « Talents »
Agriqualif 87 a été désigné lauréat, au niveau régional, du concours Talents (organisé par les Boutiques de gestion, réseau national d’aide à la création d’entreprise) dans la catégorie « Économie sociale ». Il a été sélectionné pour concourir au plan national.