Qu’est-ce qui a motivé la création des Réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents ?
Michèle Le Gauyer-Rossi : La Conférence de la famille de juin 1998 a mis en avant la
nécessité de conforter et d’aider les parents dans leur rôle éducatif, alors que la fonction
parentale sans être remise en question se trouvait quelque peu malmenée. C’est ainsi qu’a été souhaitée la création des REAAP: pour répondre à un besoin concret des familles, redonner aux parents confiance dans leur capacités à assurer ce rôle parental et reconnaître – à travers le dialogue et l’échange – leurs savoir faire d’éducateurs.
Comment a été mis en œuvre le dispositif ?
M.L.G-R. : Sa mise en place – en 1999 – a consisté d’abord, la première année, à dresser un état de l’existant aussi complet que possible compte tenu de l’étendue du champ des services à la famille et à la parentalité, en mettant en lumière les expériences innovantes d’ores et déjà conduites par différents partenaires. À partir de là, ont été formulées un certain nombre de propositions, pour renforcer les initiatives, les fédérer, en susciter de nouvelles, avec le souci constant de mettre en réseau les intervenants : parents entre eux tout d’abord, mais aussi parents et professionnels du champ social,
éducatif, institutions, associations, etc., afin de mutualiser les pratiques, les connaissances et développer les synergies.
Être parent aujourd’hui… est-ce plus difficile que pour les générations précédentes ?
M.L.G-R. : «Être parent, c’est naturel, ça ne s’apprend pas… », entend-on souvent dire. Faux, rétorquent les spécialistes. Ce qui est naturel, c’est la parenté sur le plan de l’état-civil, non la parentalité. Un mot « inventé » dans les années 80 par des parents pour signifier leur responsabilité et le droit à l’initiative pour tout ce qui concerne l’éducation de leurs enfants. Il aura fallu une vingtaine d’années pour que le concept entre dans le vocabulaire commun et soit « officialisé » en inspirant les REAAP… même s’il n’existe toujours pas dans les dictionnaires courants. Qu’est-ce qu’exercer sa parentalité aujourd’hui? C’est notamment définir et poser un cadre structurant à son enfant dans les limites duquel il peut s’épanouir et grandir. Être en capacité d’écoute et de dialogue en se positionnant comme adulte responsable. Cependant, l’évolution de la société, les mutations des structures familiales, les nouvelles définitions du rôle parental rendent parfois difficile l’exercice de cette parentalité et l’éducation des enfants. « Il ne veut plus rien faire avec nous », « Il ne s’intéresse à rien, il ne respecte plus rien…», «Je ne sais plus à quel saint me vouer, je n’assume plus, je craque…» Témoignages de parents qui reconnaissent leur difficulté. En mal de repères, on leur reproche d’être démissionnaires. Alors que beaucoup sont épuisés, en plein désarroi ; désireux de bien faire, d’offrir à leurs enfants affection, épanouissement, perspectives d’avenir, ils agissent en fonction d’une image, celle de la famille idéale, harmonieuse. Ils culpabilisent, ont un sentiment d’échec, se posent des questions et ont besoin de savoir qu’ils ne sont pas seuls face aux interrogations qui peuvent apparaître à une étape ou une autre du développement de leur enfant.
Les réseaux d’écoute et d’appui vont dans ce sens en mettant l’accent non plus sur les manques et les failles, mais sur les compétences parentales. Les parents sont réintroduits comme partenaires premiers, responsables et compétents. Une compétence qui tente d’être équitablement équilibrée entre le père et la mère.
Sur quels grands principes s’appuient les réseaux ?
M.L.G-R. : Ils doivent s’approprier les objectifs qui se dégagent de la charte élaborée par leurs initiateurs : s’adresser à toutes les familles, de tous les milieux sociaux et de toutes les origines culturelles (et pas seulement à telle ou telle catégorie confrontée à des difficultés particulières); s’efforcer de répondre à leurs besoins concrets et avant tout les conforter dans l’exercice d’une responsabilité éducative face à laquelle ils peuvent être désorientés ; reconnaître et valoriser la compétence des parents (la majorité d’entre eux a sa propre manière d’assumer sa fonction éducative ; il importe donc d’inciter au partage et à la confrontation d’expériences) ; s’appuyer sur l’existant, sur ce qui se fait, dans sa diversité, soit pour s’en inspirer, soit pour lui donner une impulsion nouvelle, avec le souci de créer un lien entre les diverses initiatives dans une dynamique de partenariat ; participer à une animation partagée entre les parents et les initiateurs de l’action, avec les associations, services ou organismes dont les compétences sont complémentaires.
Quelles sont les actions répertoriées?
M.L.G-R. : Elles sont extrêmement diversifiées selon leur localisation géographique, le
public, le mode de fonctionnement... Mais on peut dégager des lignes-forces de typologie. Il s'agit de groupes de parole, de lieux de rencontres conviviales et/ou de débats (sur tel ou tel thème traité ou non par un conférencier, de façon ponctuelle ou par cycle), d'espaces d’accueil (écoute, soutien, conseils) avec ou sans les enfants, de services d’écoute téléphoniques… L’approche par thème fait ressortir entre autres les questions sur la petite enfance, la scolarisation et l’assiduité scolaire, la place de chacun des parents – père et mère – auprès des enfants, la «crise» de l’adolescence (gestion des conflits), la santé et les conduites addictives, les loisirs, les usages de l’Internet… Les objectifs visent prioritairement, à travers les échanges et les discussions, à rompre l’isolement des parents (particulièrement sensible en milieu rural), renforcer les liens familiaux et les relations avec les enfants, informer sur les services spécialisés et nouer des rapports avec les professionnels (notamment l’école), mobiliser autour d’un projet.
Les « Point Info Famille» s’inscrivent-ils dans ce cadre?
M.L.G-R. : Tout à fait. Leur création a été décidée lors de la Conférence de la famille d’avril 2003 afin de favoriser l’accès de toutes les familles à l’information et simplifier leurs démarches quotidiennes. Conçus comme des lieux d’accueil, d'information et d'orientation, ils ont pour mission d’offrir une information complète, actualisée et généraliste sur les services auxquels les familles peuvent avoir accès. Ce sont aussi des lieux d’orientation vers les dispositifs d’aide à la parentalité les plus adaptés à leurs besoins. En 2006 on recensera aux alentours de 600 points info famille labellisés disposant d’un site internet. La majorité d’entre eux dispose d’un espace dédié au sein de la structure de rattachement (commune, centre communal d’action sociale, associations…).
Propos recueillis par Chantal Guennec
L’animation du dispositif des REAAP
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Le comité national de pilotage : présidé par la Délégation interministérielle à la Famille (DIF), il comprend une quarantaine de membres (Cnaf,
CCMSA, grandes associations partenaires – familles, parents d’élèves… –, centres sociaux, représentants des administrations, etc.). Il arrête les pistes de réflexion, d’animation et de rencontres, chaque tête de réseau représentée apportant sa contribution selon ses compétences propres. Il se réunit tous les trimestres.
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Un comité de pilotage restreint regroupe aux côtés de la DIF et de la DGAS (Direction générale de l’Action sociale) les têtes de réseaux des pilotes des REAAP (dont la
CCMSA). Il a pour mission de préparer les travaux du comité national de pilotage, d’accompagner et de valoriser les pratiques des réseaux.
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Les comités départementaux d’animation : présents dans chaque département, ils sont animés par un pilote unique ou en co-pilotage, leurs différentes modalités de fonctionnement témoignant de la diversité des partenariats.
Dans certains départements, ont été mis en place des comités locaux d’animation à l’échelle d’un canton, d’un pays, d’une commune; ils apportent une réponse à une demande d’animation de proximité en permettant de mettre en œuvre des actions collant au plus près au diagnostic effectué sur le territoire.